Interview d’ELIZABETH SOUBELET, mère de 5 enfants, sage-femme et co-fondatrice de la marque Squiz

Interview d’ELIZABETH SOUBELET, mère de 5 enfants, sage-femme et co-fondatrice de la marque Squiz

  Bonjour Elizabeth, chez Maman Natur’elle nous te connaissons depuis quelques années puisque nous sommes l’un des 1ers revendeurs sur le net de la fabuleuse petite gourde réutilisable que tu as inventé. Nous aimerions aujourd’hui mettre en lumière la femme/mère/chef d’entreprise que tu es au quotidien.

Peux-tu nous décrire ta jolie tribu ?

Avec mon co-chef de tribu, Nicolas, nous allons fêter nos vingt ans de mariage l’année prochaine et nous avons cinq enfants ensemble – quatre garçons et une seule fille (pile au milieu !) – qui ont entre six et dix-sept ans (du CP à la première année d’études universitaires). Une bonne copine m’a dit récemment que nous avons une décennie de besoins – je trouve cela plutôt vrai ! Ils sont tous très différents, certains avec des envies de l’ordre scientifique, d’autres plutôt des poursuites artistiques. Ils ont tous la chance d’être bilingue en Anglais puisque je suis née au Texas et nous avons choisi de parler Anglais en famille : notre plus grand est même en train de postuler pour une école de médecine au Royaume-Uni.

Avant de créer Squiz, tu as été sage-femme aux Etats-Unis, ta terre natale.  Quel regard portes-tu sur l’accompagnement à la naissance par les Sages-femmes en France ?

C’est formidable puisqu’en France les sages-femmes s’occupent de la majorité des naissances. Aux Etats-Unis cela fait presque cent ans que l’absence d’un vrai système de santé publique a conduit à l’élimination de la profession. En effet, des obstétriciens ont fait le constat que, en tant que spécialistes de la pathologie, ils n’étaient appelés que pour entre 10 et 15% des naissances (quel manque à gagner !). Alors, ils ont décidé d’éliminer les sages-femmes en faveur des infirmières en obstétrique, qui  – pour les naissances « normales » – allaient s’occuper de toute la partie qui n’intéressait pas trop les obstétriciens (c’est-à-dire quasiment tout)… Cependant en tant que « simples » infirmières, elles n’avaient pas les compétences nécessaires pour s’occuper de la phase d’expulsion et, donc, étaient obligées de demander aux parturientes de croiser les jambes jusqu’à l’arrivé du médecin ! (J’ai entendu dire que les naissances se passent en peu comme cela parfois dans des cliniques privées en France) Tout cela pourrait sembler comique si ce n’était pas totalement vrai. Il a fallu les années soixante, l’arrivée du féminisme, pour que les Américaines commencent à faire une petite révolution et demandent le retour des sages-femmes dans les salles d’accouchement. Par contre, comme elles ne faisaient plus partie du corps médical, ça a plutôt généré de la croissance pour les naissances à la maison. La suite c’est une longue histoire, mais, juste pour parler chiffres, il faut savoir que les études pour devenir sage-femme « médicale » aujourd’hui sont de six ans aux US et qu’il y a deux fois plus de sages-femmes en France (pour une population cinq fois plus petite !).

Comment l’idée de créer une gourde réutilisable pour compote a-t-elle germé dans ton esprit ? Peux-tu nous décrire tes 1ers pas de créatrice d’entreprise ?

De 2007 à 2011 nous avons vécu en Turquie pour le travail de Nicolas. J’ai absolument adoré les années que nous avons passées là-bas. Malheureusement, j’ai aussi vu de près les ravages environnementaux qui peuvent venir d’une société de consommation « en masse » qui n’a pas encore développé les systèmes de traitement des déchets partout qui sont nécessaires pour gérer autant de packaging, autant de produits jetables. C’était une vraie prise de conscience. Peu après notre retour en France et la naissance de notre cinquième enfant, j’ai regardé de plus près nos habitudes personnelles de consommation et création des déchets. J’ai décidé qu’il fallait tenter de changer les choses, en commençant par tout ce qui était du packaging jetable non-recyclable. Ma première cible : les gourdes de compote jetables : on regarde ses enfants les enfiler à toute allure et puis c’est direction la poubelle. J’ai commencé par raconter mon projet à une association locale, qui m’a remis aux mains du BGE dans une plus grande ville, qui m’a dirigé vers Initiative France pour obtenir notre financement du départ. Je trouve que contrairement à ce qu’on aime raconter, si vous n’avez pas peur de défendre votre projet, il y a une grande volonté de développer l’entrepreneuriat en France.

 

Selon toi, être une femme ET une mère de famille nombreuse est-il un atout ou un handicap pour créer son entreprise ?

Une famille nombreuse est une superbe école de management ! Plus sérieusement, je ne pense pas avoir besoin de citer les chiffres de l’OCDE pour expliquer le déséquilibre qui existe entre hommes et femmes quand on monte l’échelle de management, encore moins pour ce qui est de l’ordre de la possession du capital. Les investisseurs sont même statistiquement plus susceptibles d’accorder du financement aux hommes entrepreneurs que des femmes. Dans une étude de la Harvard Business School, des femmes et des hommes ont présenté la même proposition d’entreprise. Lorsque les femmes l’ont présentée, seulement 39 % des investisseurs se sont déclarés favorables à un financement. En revanche, lorsque les hommes présentaient exactement la même idée avec le même scénario, 68 % des investisseurs ont déclaré qu’ils financeraient l’idée. Je ne rajouterai pas des chiffres sur le déséquilibre de la charge du travail des femmes par rapport aux enfants et la maison… mais ne désespérons pas ! Parfois des gens demandent à Nicolas et moi si ce n’est pas trop difficile de barrer notre bateau entrepreneurial à quatre bras et je réplique que si nous arrivons à prendre des décisions à deux à la maison, je ne vois pas pourquoi cela serait inconcevable en entreprise. J’espère continuer à être un  exemple du succès d’un management – mais aussi une vie familiale – partagés.

Nous avons entendu dire que ton esprit fourmillait d’idées et que c’était surtout la nuit que tu trouvais l’inspiration pour faire avancer tes projets. Est-ce vrai ? As-tu une recette à nous partager pour rester toujours créative ?

Depuis toute petite, je n’ai jamais vraiment eu besoin de beaucoup de sommeil et je trouvais souvent l’inspiration dans la calme et silence de la nuit. Cela m’a beaucoup servi en tant que sage-femme (les bébés aussi aiment le calme de la nuit, surtout pour leur arrivée !) et c’est devenu mon moment « à moi » en tant que maman de cinq enfants. Cela dit, avec l’âge, ça devient un peu plus difficile à tenir – en ce moment je m’endors souvent en faisant un dernier câlin avec nos deux plus petits. Pour rester créative il ne faut pas s’interdire d’imaginer l’impossible. Les enfants rêve de tout et n’importe quoi jusqu’à ce que les adultes dans leur vie leur expliquent tous ceux qui est – et tous ceux qui n’est pas – possible. C’est une des choses que j’adore la plus en étant maman de plusieurs enfants, on garde une graine de folie dans l’ambiance à la maison. Cela est très bénéfique pour les plus grands aussi. On ne s’en rend pas forcément compte, mais les enfants deviennent très sérieux relativement tôt – parfois il suffit de deux ou trois grimaces à table pour diffuser une atmosphère devenue trop tendue.

Au-delà d’être la créatrice d’un produit pratique et écologique, avec Nicolas (ton mari qui a co-fondé Squiz avec toi), vous souhaitez donner à votre entreprise une mission sociale, un engagement éthique. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

 Les sociétés sont des personnes morales, mais sans les responsabilités des « vraies » personnes. Par exemple, on ne peut pas mettre une société en prison pour avoir pollué une rivière (seulement ses dirigeants, et encore…). C’est pour cette raison que beaucoup de personne parlent des entreprises comme des prédateurs, car elles peuvent sembler sans foi ni loi, à part la nécessité de créer des bénéfices pour les actionnaires. Dans un système capitaliste, une entreprise est un formidable outil pour la création de valeur mais ce sont ses propriétaires (et managers) qui fixent le cap – qui dit qu’il faut nécessairement voir à court terme ? Il faut être courageux, c’est certain, mais les entreprises, si elles sont capables d’être source des ennuis, peuvent être également porteuses de solutions. Nous avons tenu à créer une entreprise créatrice de bénéfices pour le Monde ainsi que tout le monde. Nous avons, à chaque étape de sa création, cherché à avoir l’impact le plus positif possible, en passant par une production Européenne à un emballage dans en ESAT local pour terminer avec un partage de nos bénéfices financiers avec des associations. Nous sommes très fiers de faire partie des sociétés fondateurs en France du premier réseau mondial des entreprises « éthiques », les B Corps (« B » pour bénéfices). Nous cherchons à être l’entreprise à qui on aimerait acheter des produits.



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.